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La Chasse aux Étoiles 3 – Gisele Joseph
Le 3 mars 1971, je suis arrivée au Québec enceinte de mon dernier fils. Je suis arrivée en pleine tempête du siècle. Je n'avais jamais vu autant de neige. Je n'avais jamais connu un froid pareil. J'arrivais dans un pays que je ne connaissais pas encore, avec l'espoir d'y exercer la médecine et d'y construire une nouvelle vie pour ma famille. Un jour, j'avais vu une publicité du gouvernement du Québec : la province manquait de main-d'œuvre qualifiée et recherchait des professionnels de la santé. J'étais médecin. Avec mon mari Occem et nos six enfants, du bébé à l'adolescent, nous avions décidé de briguer l'aventure. Mais le jour du départ, mes enfants n'étaient pas avec moi. Malgré les assurances reçues pendant les démarches d'immigration, leurs visas n'avaient pas été délivrés à temps. J'ai dû les laisser derrière moi. Ils ne m'ont rejointe que six mois plus tard. Six mois pour une mère sans ses enfants, c'est l'enfer. Je ne savais pas encore que la tempête qui m'accueillait ce 3 mars 1971 ne serait pas la plus difficile de ma vie. Le racisme était à son paroxysme. C'était l'époque de Mesrine. Le gouvernement qui recherchait des professionnels de la santé ne reconnaissait plus mon diplôme de médecin. On parlait de mon diplôme comme d'un « diplôme de république de banane ». Alors j'ai recommencé. J'ai étudié. J'ai passé leurs examens. Et je les ai réussis avec la plus grande mention. Puis la vie m'a frappée de nouveau. Mon mari Occem est décédé d'un cancer. Dans mon récit, une dose expérimentale de chimiothérapie beaucoup trop forte lui a été administrée à l'hôpital Santa Cabrini. Trois jours après son hospitalisation, il était mort. Je suis devenue veuve avec six enfants à élever. Je les ai élevés seule. Je n'ai plus jamais eu d'homme dans ma vie. Ni nouveau mari, ni compagnon. Jusqu'à mon dernier jour, ma famille a été ma vie. À 88 ans, mon histoire s'est terminée dans un CHSLD de Scarborough. Selon le récit de ma famille, mon apport en oxygène y a été volontairement interrompu. Je suis décédée le 25 juillet. Mais ma mort n'est pas la fin de mon histoire. Car quelque part, au-delà de cette vie, il reste encore deux enfants que je dois retrouver : mon fils Jimmy et ma fille Adeline, la jumelle d'un de mes garçons décédé quelques mois après sa naissance. J'ai traversé un pays. J'ai traversé le froid. J'ai traversé le racisme. J'ai traversé le deuil. J'ai traversé 88 années de misère. Maintenant, il me reste une dernière frontière à traverser. Je pars à la recherche de mes enfants.
On March 3, 1971, I arrived in Quebec, pregnant with my last son. I arrived in the middle of the storm of the century. I had never seen so much snow. I had never known such cold. I was arriving in a country I did not yet know, with the hope of practicing medicine there and building a new life for my family. One day, I had seen an advertisement from the Quebec government: the province lacked skilled labor and was seeking health professionals. I was a doctor. With my husband Occem and our six children, from baby to teenager, we had decided to embark on the adventure. But on the day of departure, my children were not with me. Despite the assurances received during the immigration process, their visas had not been issued in time. I had to leave them behind. They only joined me six months later. Six months for a mother without her children is hell. I did not yet know that the storm that welcomed me that March 3, 1971 would not be the most difficult of my life. Racism was at its peak. It was the era of Mesrine. The government that sought health professionals no longer recognized my medical degree. They spoke of my diploma as a "banana republic diploma." So I started over. I studied. I took their exams. And I passed them with the highest honors. Then life struck me again. My husband Occem died of cancer. In my account, an experimental chemotherapy dose far too strong was administered to him at Santa Cabrini Hospital. Three days after his hospitalization, he was dead. I became a widow with six children to raise. I raised them alone. I never had a man in my life again. No new husband, no companion. Until my last day, my family was my life. At 88, my story ended in a CHSLD in Scarborough. According to my family's account, my oxygen supply was voluntarily interrupted there. I died on July 25. But my death is not the end of my story. Because somewhere, beyond this life, there remain two children I must find again: my son Jimmy and my daughter Adeline, the twin of one of my boys who died a few months after his birth. I crossed a country. I crossed the cold. I crossed racism. I crossed grief. I crossed 88 years of hardship. Now, one last frontier remains for me to cross. I set out in search of my children.
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